Jour10 : Page -> Mexican Hat

Au réveil de ce jour que j’imagine déjà comme fabuleux, ma première préoccupation est de vérifier le ciel car pour qu’un vol au-dessus du Southwest soit réussi, ll faut que la météo soit de la partie et comme souvent tôt le matin, le ciel est dégagé. Direction donc l’aéroport (j’appelle plutôt cela un aérodrome) de Page pour ce survol de Glen Canyon. L’avantage de voler tôt le matin est d’une part de limiter les turbulences et d’autre part de bénéficier d’une lumière acceptable. Nous attendions beaucoup de ce vol et le résultat est au-delà ce nos espérances car même si nous savions que Glen Canyon est un des plus beaux joyaux de l’Ouest (nous aurions aimé pourvoir arpenter quelque uns de ces canyons avant que le barrage ne soit construit…), je ne m’attendais pas à un spectacle aussi grandiose avec ce dédale de Canyons dans ces eaux qui vont du bleu azur au vert et en prime le survol de Rainbow Bridge et Horseshoe bend.

 

Au final, un nouveau moment inoubliable qui restera gravé dans nos mémoires (on est rarement déçu avec les survols des paysages de l’Ouest) et qui donne envie dans le futur de passer plusieurs jours sur le lac.

 

De retour sur la terre ferme, route vers Navajo National Monument car le timing est très serré avec une arrivée au plus tard à 11h heure de l’Utah si on veut faire la ballade de Betatakin avec le ranger. Cela ne laisse que 1h30 pour la route donc pas le temps de traîner. Arrivés sur place à 11h pile, nous avons tout juste le temps de s’inscrire pour la ballade et en route pour le trailhead avec la Ranger Navajo. A ma grande surprise, nous ne sommes que 3 dans le groupe. La ranger nous presse pour partir et dans la précipitation, j’oublie le pain pour les sandwichs. Le pique nique sur le sentier, ce sera pour une autre fois. Nous ne sommes pas fans en général des randos avec les Ranger mais nous changons d’avis pour celle ci car les arrêts sont fréquents avec beaucoup d’explications sur la vie passée des Indiens Navajos et leur utilisation optimale des ressources naturelles du canyon. La ballade est très sympa et l’arrivée à l’entrée de l’alcôve avec la découverte du village est un grand moment d’émotion. Après les explications d’usage, il est bon de méditer un peu dans cet endroit magnifiquement préservé mais point de pique nique car il est interdit de manger dans le village et de boire autre chose que de l’eau, tradition Navajo oblige. Après une petite heure sur place, nous prenons le chemin du retour, seuls cette fois sous 40°c qui rend la montée dans le sable un peu pénible. Une fois remontés, la fin nous taraude et le pique nique sera bien mérité. Après une dernière petite ballade sur Sandal trail pour admirer Betatakin de la rim, route vers Mexican Hat. J’avais initialement prévu de faire une incursion dans Grand Gulch mais le timing est trop court et j’ai en plus une conjonctivite qui m’obligera à me reposer un peu à l’hôtel au bord de la San Juan River avec une bonne bière pour moi et un verre de vin pour Lysiane.

Jour11 : Mexican Hat -> Hanksville

Initialement j’avais prévu pour cette journée une ballade dans Grand Gulch (Kane gulch ranger station to jonction ruins) et une ballade dans Stair Canyon. La température de 40°C me fera réviser mes plans à la baisse. Le plan B de la matinée s’appelle donc Collins Canyon pour aller jusqu’aux Narrows de ce canyon situé dans Grand Gulch. Route donc vers le trailhead situé au bout de 6,5 miles de piste très roulante au début mais très vite constituée de portions de slickrock et très cassante. Arrivés au trailhead, pas un chat comme d’Habitude et nous voici en route après avoir signé le registre qui n’a pas vu âme qui vive depuis 2 semaines. Le chemin n’est pas toujours évident à suivre mais avec les indications on ne se perdra pas et au bout d’environ 1h15 nous voici arrivés dans les Narrows que l’on traversera sans s’en rendre compte. En effet, je n’avais pas bien lu sur le bouquin mais la section fait moins de 10m de long….C’est donc plutôt un rétrécissement ponctuel que des Narrows comme on a l’habitude d’en voir et le reste de la ballade est supérieur à cette portion sans intérêt.

Au final, ce n’est pas inoubliable (ce n’était qu’un plan B) mais au moins on pourra dire qu’on à mis les pieds dans Grand Gulch. Pour une incursion plus profonde, on verra en 2008…

 

Après le pique nique sur le trailhead, il est déjà tard et nous prenons donc l’US95 que je considère comme la plus belle route de l’Utah notamment la partie située après Dark Canyon. Arrivés devant l’entrée de Stair Canyon, il est déjà trop tard pour envisager la ballade de minimum 4h prévue et Lysiane en a assez du Wilderness pour la journée. Ce sera donc un nouveau plan B avec Little Egypt ou nous passerons plus d’une heure.

 

Je proposerais bien une extension à Lysiane avec Arsenic arch puisque la piste est située en face de l’autre côté de la route mais n’ayant pas moi-même été emballé la première fois que j’y suis allé avec Philippe, je doute que Lysiane apprécie. Route donc vers Hanksville véritable bled paumé dans lequel Joy tient un bed et Breakfast dans sa maison. Avec ses 84 printemps, la santé de Joy s’est dégradée depuis l’année dernière et elle n’est plus en mesure de préparer le petit déjeuner le matin. Ce n’est pas grave et nous passerons tout de même pas mal de temps à discuter avec elle et elle nous confiera qu’elle espère bien vivre jusqu’à voir George W Bush se faire éjecter de la Maison Blanche…

Jour12 : Hanksville -> Escalante

Après avoir quitté Joy, ne voulant pas renoncer à Stair Canyon, je fais une croix sur Red Canyon et revenons donc sur nos pas de la veille en direction de Hog Spring. En conçevant l'itinéraire 2007, je voulais ajouter des endroits dans le Wilderness moins connus que les classiques Coyote Buttes North, South ou encore White Pockets. J'ai alors choisi, entre autres, Stair Canyon, situé non loin de Glen Canyon, et qualifié de "memorable day hike" dans l'excellent ouvrage "Hiking Grand Staircase Escalante and Glen Canyon" de Ron Adkison. Lorsqu'on parcourt l'US95 la route est splendide et on a tout de suite envie de pénétrer dans un des canyons visibles de la route. Stair Canyon est l'un deux Arrivés au bord de la route, j’hésite à m’engouffrer dans le chemin sablonneux qui mène à l’entrée de Butler canyon mais j’y vais quand même. Mauvaise pioche car nous avons failli rester ensablés. Je ressors donc de là et me gare finalement en bordure de la route. Vu l’absence de chemin, on hésite un peu. La végétation est dense et il faut souvent se frayer un chemin. Cela me rappelle Leprechaun canyon situé non loin de là et cela n’enchante pas vraiment Lysiane. Le début est acrobatique et me fait dire qu’on n'a pas pris le bon chemin (le retour confirmera cette impression). De mon côté j’apprécie le paysage. Avec ses falaises orangées de Wingate Sanstone surmontées de Kayenta Sandstone caractéristiques des paysages de Glen Canyon, très travaillées par l'érosion, l'endroit rappelle un peu Crack Canyon dans le San Rafael Swell. J’avais initialement prévu de faire l’intégralité de la rando mais à un peu plus de la moitié, on sera coincé sans pouvoir aller beaucoup plus loin. Le retour sera plus rapide avec une petite sieste sur un rocher au soleil pour Lysiane. Au final près de 3h30 passés et beaucoup de plaisir pris (pour moi en tout cas…) en plein dans le Wilderness avec comme seul compagnon le vent qui s'engouffre dans le canyon et peu de chance de rencontrer âme qui vive...

Après un pique nique à Hog Spring, route vers Capitol Reef. Lysiane, toujours à l’affût d’un point d’eau repère le long de l’US24 une cascade qui se jète dans la Fremont River. C’est l’occasion de faire une petite halte pour aller se rafraichir dans l’eau et faire quelques belles photos au passage. Comme toujours l’eau attire les foules et l’endroit devient vite surpeuplé.

 

Route donc vers Cohab Canyon pour profiter d’un peu de Solitude. J’adore Capitol reef déjà parce c’est le parc géologiquement le plus riche mais également car c’est le parc National Majeur le moins fréquenté avec Canyonlands;

 

Nous avions beaucoup aimé la rando de Cohab Canyon et le plaisir sera encore une fois au rendez-vous avec les deux superbes points de vues au bout de la ballade, la petite section des Narrows, un Hoodoo et une petite arche.

 

On arrivera à Escalante tout juste avant la fermeture de la supérette locale avant l’expédition planifiée du lendemain et tant attendue de Coyote Gulch

Jour13 : Coyote Gulch

En concevant le voyage 2007, je savais que Coyote Gulch serait un des points d’orgue du voyage et j’attendais ce moment avec impatience mais aussi avec crainte car mon programme était très (trop) ambitieux pour une seule journée vue l’option que j’avais choisie. Ne voulant pas prendre de risque, j’avais exclu la remontée par Jacob Hamblin Arch et donc prévu de faire parking -> Crack in the wall -> jonction Coyote Gulch -> Coyote Bridge -> jonction Coyote Gulch -> Crack in the Wall -> parking soit 15 miles environ. La veille j’avais donc mis Lysiane en condition avec au moins 9 à 10h de randonnée pour atteindre l’objectif fixé et départ à 6h30 maxi de Escalante pour commencer la rando à 8h max. Par conséquent, lever un peu plus tôt que d’habitude et nous voila rendu au parking un peu avant 8h du matin. Nous sommes dans les temps et la journée promet d’être aussi chaude que les précédentes soit 40°c ce qui ne facilitera pas les choses. Nous commençons donc par une marche dans un chemin sablonneux jusqu’à la partie de Slickrock. En route, j’indique à Lysiane qu’il y a deux difficultés dans la journée : Le Crack in the Wall dont je j’imagine pas qu’elle puisse y échouer et la deuxième (une cascade) où je suis moins confiant.

J’aurais mieux fait de me taire car en arrivant au crack in the Wall, je vais vite déchanter. Le paysage est splendide mais c’est la descente dans la fissure qui inquiète Lysiane. Ce n’est normalement pas compliqué mais là, il n’y a pas de pierres au fond qui permettent de s’aider. Je saute donc le premier dans la fissure et effectue plusieurs allers et retours dans la fissure pour apporter des grosses pierres afin de constituer un tas pour surélever le sol et descendre dans des conditions acceptables. Au prix d’une négociation âpre avec Lysiane, elle accepte de me faire confiance et de descendre avec mon aide dans la fissure. S’ensuivent les 30m de marche de profil dans 35cm de large qui peuvent être nerveusement durs pour quelqu’un de claustrophobe. Cette difficulté passée, nous entamons la descente de la grande dune (1 mile) qui nous fait dire qu’on se dirige vers une galère à la remontée le soir. La marche dans le sable mou est déjà fatigante en soi mais en plus sous 40° et dans une montée raide cela augure d'un calvaire le soir. Arrivés au pied de la dune, nous prenons directement la direction de Coyote Gulch vers le sud Ouest. Nous prendrons l’option de marcher dans l’eau avec des sandales ce qui surcharge mon sac à dos (avec les 4l de boisson, les deux paires de chaussures de randonnées, le trépied et tous les accessoires de secours et l'électronique) et ralentira notre progression par rapport à l’option chaussures de randonnée.

Après m’être fait dévorer par les taons, j’ai rapidement mis mon pantalon et nous progressons plus lentement que prévu dans les gorges ce qui me fait revoir rapidement mes ambitions à la baisse et nous n’irons finalement que jusqu’à la 3ème cascade non sans un petit sentiment de frustration (ce n’est que partie remise).

 

J’ai sous estimé l’endroit (la Nature est toujours plus forte que nous) et l’ignorais que les flashs floods de 2006 avaient rendu l’endroit beaucoup moins praticable qu’avant. Philippe en fera aussi l’expérience 3 moins plus tard avec Elisabeth au cours d’une journée mémorable et épuisante. Comme prévu la remontée de la dune en plein cagnard sera un calvaire tout comme la remontée finale dans le sable après avoir passé le crack in the Wall où nous croiserons une colonie de vacances qui descend dans les gorges. Au final, 9H30 de rando pour environ 10 miles d’efforts et quelques regrets car mon itinéraire était trop optimiste et la période mal adaptée. J’ai une excuse pour y retourner mais la prochaine fois, ce ne sera pas dans les mêmes conditions et je tenterais la descente par Jacob Hamblin arch avec une corde. Nous avons bien mérité un bon repas et une bonne bière après cette longue journée riche en émotion, la dernière dans le Wilderness avant de redécouvrir les parcs Nationaux de Zion, Death Valley et Yosemite

 
 

Jour14 : Zion

Zion est un des parcs que l’on n'a jamais exploré en profondeur et ce voyage donnait l’occasion d’y passer le temps nécessaire. Route donc vers Zion en cette matinée ensoleillée où les 40° sont encore prévus. Pour Commencer, j’avais trouvé une randonnée peu connue dans Zion et donc peu fréquentée qui permet d’aller à Observation Point sans trop se fatiguer : East Mesa Trail. Sur la route puis piste qui y mène, je suis même étonné du peu d’indications pour une randonnée située dans l’enceinte du parc. A part quelques panneaux indiquant ‘Observation Point’ rien du tout et même pas de trailhead au bout de piste qui laisserait penser à la limite qu’on n’est pas sur le bon chemin (merci le GPS dans ces cas là). Après le pique nique d’usage (l’endroit ne s’y prête pas vraiment), en route vers Observation point. Le profil de la rando est sans difficulté et on respire à pleins poumons les bonnes odeurs de pins. En 1H15, nous voilà au point de vue qui est époustouflant : même d’ici Angel’s landing paraît tout petit à quelques centaines de mètres en dessous de nous.

Après de longues minutes de contemplation, retour vers la voiture et route vers le Canyon de Zion avec pause photo au passage au pied de Checkerboard Mesa. Après avoir pris la chambre au El Rio Lodge et fait quelques courses on choisit de terminer la journée au bord de la Virgin River le long de Parrus trail et en profiter pour se rafraîchir tant la chaleur est torride même en cette fin d’après midi. De retour à l’hôtel, je n’arrive pas à remettre la main sur mon couteau suisse qui fait office de tire-bouchon pour ouvrir la bouteille de vin pour l’apéritif. Tant pis, je massacre le bouchon avec une lame de couteau de ma pince multifonction. Du coup, en plus de boire du vin au liège, on est contraint de s’enfiler la bouteille entière. Heureusement que les vins sont en général léger et qu’on ne va pas gravir Angel’s Landing derrière…