Jour 4 : Canyons de la rivière Escalante

Bien que pluvieuse, la nuit fut très calme car étant enclavés, nous sommes à l’abri du vent. Objectif ambitieux pour la journée avec Explorer canyon, 3 roof ruins et Bishop canyon. Cette fois ci, c’est lysiane qui prend les rênes du jet avec moi derrière avec l’appareil photo.

 

Première étage 3 Roof ruins et premier écueil, je ne vois pas les ruines malgré le point GPS. Direction donc Explorer canyon, le gros morceau de la journée. Nous arrivons assez loin dans le canyon mais problème, un amas de troncs d’arbres flottant qui nous empêche d’avancer et oblige à ce garer avant. Il n’y a qu’un seul endroit possible et peu accessible. On y arrive finalement mais sans garantie de pouvoir aller très loin en longeant la rim. Je part donc seul en éclaireur et rapidement je suis bloqué. Retour au jet pour essayer de progresser au milieu des troncs d’arbres. Nous arrivons à progresser mais au fur et à mesure, le poids s’accumule sur le devant du jet jusqu’à être bloqués et le moteur commence à fumer de partout et le témoin de surchauffe s’allume. Je coupe donc le contact et il nous faut maintenant faire demi-tour en s’aidant de tronc d’arbre en guise de rames. Une fois dégagés, il faut attendre que la température du moteur baisse pour repartir ce qui est le cas au bout de quelques minutes. Tant pis pour explorer canyon et retour vers 3 roof ruins car il n’est pas possible de passer à côté de cela en ayant le point GPS.

 

Arrivé à l’endroit supposé, je scrute la falaise et effectivement nous repérons à mi-hauteur de la falaise des ruines difficiles à distinguer. Nous attachons le jet comme on le peut en bloquant la corde avec un rocher et commençons à gravir la falaise. Le sentier est escarpé (le jet ski est tout petit en bas à droite sur la photo) avec des entailles dans la pierre pour faire office d’escalier, plus simples à monter qu’à descendre. La prudence est donc de rigueur pour atteindre ces ruines très photogéniques et découpées en 3 bâtiments différents les uns des autres à flanc de falaise.

 

La vision du lac en arrière plan donne une dimension supplémentaire et quelque peu surréaliste. A la descente, la prudence est de rigueur surtout à l’endroit où il y a les entailles dans la pierre.

 

Direction maintenant Bishop Canyon qui est un canyon « secondaire ».. En effet, ce n’est pas un affluant de l’Escalante mais de Willow Gulch donc plus reculé et peu exploré. Après quelques centaines de mètres, le paysage est très beau avec une réflexion parfaite. Nous dépassons l’arbre mort au milieu de la rivière et de nouveau quelques dizaines de mètres plus loin nous sommes à nouveau bloqués par des troncs d’arbre flottants. Décidément, c’est un peu la merde ce matin là. Je fais quelques tours avec le jet pour vérifier qu’on ne peut pas se parquer quelque part et soudain des vagues d’amplitude grandissantes se forment et sans qu’on ai le temps de dire ouf, le jet ski se retourne et nous sommes tous les deux à l’eau. Dans un élan de bravoure, lysiane qui tenait mon appareil photo arrive à maintenir le haut du bras hors de l’eau en tombant. Je m’accroche à la coque du jet ski tandis que lysiane nage jusqu’à un tronc d’arbre pour s’y aggriper. Elle me rejoint pour me passer l’appareil et au moins, le GPS qui est dans une poche étanche autour de mon cou est lui sauvé, enfin c’est ce que je crois....

car la poche est remplie d’eau !!! saloperie de produit chinois : c’est effectivement étanche au niveau de l’ouverture mais il suffit de tirer un peu sur l’œillet où passe la cordelette et la soudure saute laissant entrer l’eau…. Ce n’est pas le tout mais on ne va pas rester accrocher à la coque du jet : je m’assure du sens dans lequel je dois retourner le jet (sens des aiguilles d’une montre sinon, l’eau rentre dans l’échappement et c’est foutu) et je m’exécute : c’est plutôt facile et à ce moment là je crie victoire mais je vais vite déchanter. Je monte alors sur l’arrière du jet ski mais celui-ci commence à couler : la poussée d’Archimède à ses limites et il faut se rendre à l’évidence, le jet s’est rempli d’eau et il est impossible de s’en servir. Il n’y a plus qu’à amarrer le jet à une berge et on verra après. Je tire le jet pendant que lysiane pousse à l’arrière mais il n’y a pas de berge et juste quelques amas de rochers friable et pas très stable. Nous trouvons tout de même un port de fortune qui permet au moins de reprendre des forces. Je retire alors la selle du jet ski et là c’est la cata : tout le compartiment moteur et électrique est rempli d’eau et nous n’avons rien pour écoper. Pour un Jet ski c’est le comble de ne pas être étanche et zéro pointé pour les ingénieurs de Kawasaki !!!

Il faut se rendre à l’évidence : si personne ne passe dans le canyon, il faudra nager plusieurs kilomètres, ce qui n’est pas une mince affaire, surtout sans nourriture conséquente. Heureusement, la chance va nous sourire car à peut près 20 minutes après notre naufrage nous entendons au loin un bruit de moteur. Lysiane fait alors des grands gestes pendant que je crie de toute mes forces et oh miracle un jet ski arrive. Il s’agit d’un homme qui apprend à sa petite fille à piloter. Il nous demande ironiquement si nous avons un problème et après avoir inspecté la situation, nous propose de retourner à son bateau pour cherche un gobelet pour écoper. Après environ 20 minutes qui nous laisse le temps de constater que le camescope est lui aussi HS, ils reviennent et je commence à écoper avec lui en se relayant. La position ne rend pas la tâche facile et même après 20 minutes, nous n’avons pas l’impression que le niveau baisse se qui montre que le volume total d’eau est considérable. Il n’y a pas le choix, il faut tenter de remorquer le jet ski. Nous l’attachons au sein et notre sauveur repart vers son bateau non sans mal vu le poids important du jet. 20 minutes plus tard, il est de retour pour nous emmener avec lui et nous arrivons quelque temps plus tard sur la terre ferme où est amarré leur Houseboat. Ils sont 5 au total, 2 couples, Jamie, sa femme et sa fille Jessie ainsi que Mark, au look de biker et sa femme tous habitants à Salt Lake City. Première tâche, retourner le jet pour vider le plus d’eau possible. Nous basculons donc l’engin à 3 non sans mal et un volume d’eau impressionnant se déverse sur le sol mais il en reste encore car il est impossible de retourner complètement le jet sur la terre ferme à 3. Seule solution, utiliser des pistolets à eau pour pomper l’eau ce que nous faisons avec Lysiane pendant un bon quart d’heure après quoi le jet est quasiment vide. Il reste maintenant à le faire sécher au soleil, enfin ce qu’il en reste car les éclaircies sont entrecoupées de petites averses. Nos hôtes sont super sympa et de leur propre aveux ce sont des « crazy mormons » car ils sont loin d’être sobres et la réserve de bière et de vin est impressionnante sur le bateau. J’écoule moi-même quelques bières et lysiane un peu de vin en écoutant une radio satellite qui ne passe que du Hard Rock des années 70, 80 et début 90. La femme de Jamie adore Iron Maiden et est très surprise de voir que je connais tous leurs albums. Ils me disent d’ailleurs que c’est la première fois qu’ils rencontrent un « french rocker »…. Après 2 bonnes heures, nous amarrons le jet derrière le houseboat pour faire le plein (vive la pompe à essence embarquée) et ajouter un additif dans le réservoir pour séparer l’eau et l’essence au cas où il y ai de l’eau dans le réservoir. Jamie essaye ensuite pendant plus d’une heure de démarrer le jet et à plusieurs reprises il y arrive presque mais rien n’y fait et au final c’est la batterie qui est à plat. Heureusement que Jamie à un chargeur. Nous prenons donc la décision de ramener le jet à notre Houseboat, il me prête le chargeur et ils reviendront le lendemain le chercher. Nous nous mettons donc en route, jamie, lysiane et moi dans le bateau de jamie qui tire notre jet et mark, sa femme et Jessie au commande d’un de leur jet ski. Durant le trajet, je dois vérifier sans cesse que le jet ne chavire pas et pas de chance, c’est nos trois poursuivants qui se retournent à leur tour… Ils ne perdent pas de temps pour remettre le jet sur la coque et redémarrent sans problème contrairement à nous. Il n’y a pas de doute, leur jet Yamaha qui est d’une conception plus récente est certainement beaucoup plus étanche que le notre… Arrivés au bateau, je met tout de suite la batterie en charge et on peut enfin se détendre après cette journée mouvementée mais qui nous laissera des souvenirs à jamais. Après une bonne heure de charge, j’essaie à mon tour de démarrer le jet et j’adopte une autre technique que Jamie : au risque de noyer le moteur (j’ignore si le circuit d’essence est à sec ou non), je donne des coups d’accélérateur en actionnant le bouton de contact et au bout de quelques tentatives, le moteur démarre mais s’essouffle vite à l’accélération signe d’un problème de mélange trop pauvre en air. Après quelques minutes , cela semble rentrer dans l’ordre mais j’ai maintenant l’impression que le jet n’est plus du tout stable et qu’il va se retourner à tout instant : sans doute l’appréhension et il faudra quelques heures de navigation pour retrouver toute la confiance dans l’engin. La soirée se terminera sur le pont à admirer les étoiles avec une bouteille de méthode champenoise local.

Jour 5 : Davis Gulch -> West Canyon Inlet

La nuit fut calme comme la veille et ce matin, le ciel est dégagé ce qui permet d’espérer le meilleur. Après un petit dej copieux, nous enfourchons non sans appréhension le jet pour aller tenter de faire quelques belles photos de La Gorce Arch. Celle-ci est peu éloignée de notre bateau mais le moindre virage nous donne l’impression que le jet est moins stable qu’avant ce qui n’est qu’une impression. Au pied de l’arche, ce n’est pas évident du tout de garer le jet mais comme souvent avec quelques pierres on arrive à ses fins. Pour avoir une vue intéressante, il faut grimper au pied de l’arche sur une pente raide parsemée de cailloux et rochers peu stables. Prudence de rigueur mais à plusieurs reprises, je me demande comment je vais descendre. Au pied de l’arche, la vue est top avec cet espèce de Gooseneck à travers l’arche. Ce n’est pas le tout mais il faut descendre et rejoindre Lysiane qui m’attend en bas. Je regarde attentivement la pente avant de m’avancer et à deux reprises un rocher se dérobe sous moi m’emportant avec lui. Heureusement, j’arrive à freiner ma descente et à ne pas me faire mal mais c’était chaud….

 

Un petit tour de l’autre côté de l’arche histoire de faire un panoramique que ne renierai pas Etienne et nous voici de retour au bateau. Nos amis de la veille ne sont pas venus récupérer le chargeur mais ils ne tarderont pas trop ce qui nous permet de lever l’ancre à une heure raisonnable car aujourd’hui, nous avons beaucoup de route (façon de parler) à faire jusqu’à West Canyon. En avant toute pour 4 bonnes heures de bateau en se relayant avec Lysiane à la barre.

 

Après avoir fait le plein à la Marina de Dangling rope, nous trouvons un endroit sympa pour parquer le bateau en face de Gregorry butte et j’arrive d’ailleurs un peu fort sur la berge : au moins, il ne bougera pas trop avec le vent. Cependant, après l’avoir amarré, nous constatons que l’endroit est très dégagé et en plein vent qui souffle en bourrasque donc pas bon pour espérer dormir correctement. Qu’à cela ne tienne, on lève l’ancre pour trouver un endroit plus encaissé. Et là, problème car le bateau est solidement posé sur le sable et refuse de bouger même avec les moteurs à puissance maxi. Il me faudra un bon quart d’heure en tournant la barre de droite et de gauche à toute vitesse pour arriver à dégager le bateau. Direction donc West Canyon dont l’embouchure est très proche. Nous trouvons un endroit qui à l’air sympa mais un peu étroit à première vue. Je m’y engage tout de même et je ne sais pas par quel miracle je ne touche rien avec le bateau car il y a juste la place pour entrer et les rochers affleurent. Marche arrière à puissance mini pour se dégager et trouver un autre endroit. En revenant quelque peu sur nos pas, nous trouvons l’endroit idéal avec une très belle vue et pas trop exposé au vent. Il est possible d’ancrer solidement sur la partie droite car il y a de la vase donc idéal mais à gauche, il n’y a que de la pierre : le système D s’impose et j’enroule donc la corde autour de la base d’un tamaris qui possède des racines solides. Cela fera l’affaire. Le ciel orageux combiné au coucher de soleil nous offre un panorama magnifique et une nuit calme.

 

Jour 6 : West Canyon Inlet -> Gunsight Bay

Le ciel est très chargé ce matin et nous nous demandons si l’exploration dans West Canyon, un des plus beau canyon du plateau du Colorado, est raisonnable. Qui ne tente rien n’a rien et nous tentons quand même notre chance. Il fait froid et avec le vent, on se caille sévère sur le jet. Il nous faut parcourir environ 10km pour arriver au sec non s’en avoir raclé deux rochers à l’arrivée avec la coque. On espère ne pas avoir endommagé celle-ci…C’est très boueux et après 100m nous sommes bloqués par une chute d’eau d’environ 5m de haut sans possibilité de contourner à priori.

 

Nous revenons donc sur nos pas et lysiane repère un canoë posé sur une pente de sable avec des traces de pas. Il faut donc grimper sur cette pente pour arriver sur un petit plateau et contourner ainsi la chute d’eau. Après cet obstacle franchi, la progression est facile et la végétation pas trop dense. L’objectif de notre journée n’est pas d’aller jusqu’au Middle ou upper slot, ce qui nécessite 2 jours aller et retour mais d’aller explorer Lower slot qui est la partie la plus photogénique. Après une demi-heure environ, nous traversons une première section de Narrows...

avant d’atteindre après une heure, Lower slot. Comme prévu, il faut nager pour progresser dans des pools qui ne voient jamais le soleil donc forcément froides. Lysiane reste à l’entrée pendant que je me déshabille et garde juste un slip pour garder les vêtements secs. Je met l’appareil photo dans une poche étanche (une vraie celle là…) et je me lance après mettre saisi car c’est vraiment froid. Le Narrows fait environ 200m mais ce jour là, il n’était pas nécessaire de nager très longtemps pour avoir à nouveau pied et progresser avec de l’eau au genoux. Il faut faire attention car c’est très glissant mais le jeu en vaut la chandelle car l’endroit est magnifique et ce n’est pas tous les jours qu’on explore un slot canyon rempli d’eau (pas de la boue ….). Je n’ai pas le trépied donc il me faut me caler pour ne pas prendre de photos floues même à 400 iso.

 

Après une bonne demi-heure passée dans le slot, je reviens vers l’entrée. Je commence à avoir froid et ne suis pas fâché de remettre des habits secs. En plus nous avons de la chance car le ciel s’est dégagé et le soleil est de la partie. De retour au jet, nous décidons de le pousser dans l’eau jusqu’à ce que nous ayons de l’eau à la taille afin de ne pas cogner les rochers qui affleurent comme à l’aller. Après quelques dizaines de mètre, je mets les gaz et progresse avec prudence tant que le niveau de l’eau est bas, ce qui ne dure pas longtemps avant de serpenter entre les canyons.

 

De retour au bateau, nous levons les ancres direction Gunsight bay pour l’après midi et la nuit. Nous trouvons de suite un endroit idéal avec un panorama d’enfer sur Gunsight butte. Cet après midi, ce sera du fun avec le jet histoire d’en profiter pour la dernière fois. La soirée se terminera une nouvelle fois à contempler les étoiles dans le ciel très clair.

 

 

 

pas mal comme panorama en mangeant....

Jour 7 : Gunsight Bay -> Wahweap Marina

pour notre dernière matinée (il faut rendre le bateau à 14h au plus tard), rien de tel qu’un peu de jet ski pour se réveiller. La surface du lac est lisse comme un billard et propice aux pointes de vitesse. Je n’irai pas au-delà de 72 km/h ce qui est déjà assez impressionnant sur l’eau et interdit toute chute. Lysiane en profite également avant de lever l’ancre en fin de matinée après une petite séance photo au pied du bateau sur la plage.

Nous levons l’ancre pour la dernière fois après avoir passé un bon quart d’heure à essayer de déplacer le jet qui est échoué sur le sable. J’ai cru que je n’y arriverais jamais mais au prix d’efforts répétés, j’arrive à désensabler cette foutue machine. De retour à la Marina, dernier plein pour le check out du bateau et nouveaux aller et retour pour rendre le jet ski à Page. J’essaye d’obtenir un discount pour n’avoir pas pu l’utiliser pendant quasiment une journée mais en retour il m’explique que lorsqu’on se retourne, il faut choisir de quel côté basculer le bateau. Je lui rétorque qu’on ne choisi pas vraiment sur le moment… au moins j’aurais essayé. Cette expérience sur le Lac fut inoubliable et sans nul doute en tête de nos expériences dans le Southwest. Si nous le pouvons nous recommencerons dans l’avenir mais sur la partie Nord du lac au départ de Bullfrog pour compléter cette première incursion dans Glen Canyon. Nous passerons la nuit à Kanab après un excellent repas (sans nul doute le restaurant le plus savoureux du southwest que l’on connaisse) au Rocking 5 café.